CHILDREN'S VOICE
La voix des Enfants - Sauti ya Watoto

 

La triste histoire de Kabibi
à l'origine de notre fondation

L'histoire de Children's Voice commence en 2002 avec les malheurs d'une petite fille d'un quartier pauvre de la ville de Goma, à l'Est de la République Démocratique du Congo.

 

Kabibi avait perdu son père pendant la guerre de 1996.

Pour arriver à nourrir ses cinq enfants, sa mère transportait des marchandises au marché. Mais la scolarité étant à la charge des parents, cette famille n'a pas pu payer les frais scolaires et par conséquent aucun des enfants n'a pu aller à l'école.

La mère ne gagnant pas assez pour avoir suffisamment à manger, Kabibi alors âgée de 11 ans et sa sœur de 8 ans sont employées par des familles voisines comme domestiques en échange de leur nourriture. Kabibi travaille et passe aussi la nuit chez Nicole, une femme vivant seule qui sort le soir et qui lui laisse la garde de ses 2 enfants de 2 et 3 ans.

Parmi les amants de Nicole, il en est un qui est un pédophile. Il lui confie la mission de trouver une fillette de 11 ou 12 ans contre paiement.

Le marché est vite conclu, Nicole ne cherchera pas loin : sa servante remplit les conditions de la commande. Un soir Nicole prend un taxi et amène Kabibi à l'hôtel où séjourne le monsieur. Nicole prépare la petite fille et l'installe au lit pendant que le monsieur attend impatient au salon.

 

L'histoire n'aurait pas été dévoilée si le partage de rémunération avait été équitable. La petite fille n'a reçu que dix dollars.

Un matin, Nicole est arrêtée au motif d'escroquerie. Le plaignant est la mère de Kabibi encouragée par son frère, un militaire.

La mère réclame 200 USD, le paiement de sa fille que Nicole a perçu.

Pour les agents de l'ordre (à ce moment-là la police n'était pas séparée de l'armée comme aujourd'hui), Nicole aurait pu facilement remettre la somme. Mais ce qui devient intéressant pour eux car probablement rémunérateur, c'est que l'auteur présumé serait un étranger.

Pour soutenir la cause, un examen médical est exigé. Ce dernier confirme le viol sexuel. Ce qui motive la recherche de l'auteur.

Celui-ci étant en déplacement, il échappe aux premières sanctions mais il risquait l'arrestation dès son retour.

 

Informé de la gravité de la situation, il demande l'intervention de ses amis qui sont sur place pour résoudre le problème, quitte au besoin à ajouter de l'argent.

La médiation entraîne la concertation. La mère acceptera de démentir dès qu'elle recevra le paiement dû à sa fille. Deux cents dollars lui sont remis et elle signe un document affirmant que les accusations étaient fausses et sans objet. Elle retire sa plainte. Nicole est libérée.

Le médecin remplace son rapport médical par un autre avec mention, « Rien à signaler, aucune trace de violence » et reçoit cent dollars américains.

Les deux documents en leur possession permettent aux agents de l'ordre de clôturer l'affaire et de gagner quatre cents dollars américains. Ce qui acquitte le monsieur avant son retour dans la ville.

L'histoire se termine en beauté !

 

Mais l'émotion est vive et bouleverse certains cœurs touchés par l'événement. Une femme qui a suivi le déroulement de l'affaire se pose alors une multitude de questions :

 

C'est par ces préoccupations qu'une idée s'imposa : créer une association qui défendrait les droits de l'enfant, qui les protégerait.

Des femmes sensibles partagent la problématique. L'une d'entre elles avait été violée par le mari de sa mère. Une autre avait vu sa fille se faire violer par son oncle.

Une douzaine de femmes se sont mobilisées et c'est ainsi que Children's Voice a vu le jour.

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« Protéger l'enfant à tout prix » © Children's Voice, Goma (RD Congo)
Ed. AFJK (Paris), 30 janvier 2006 - Mis à jour le : 25/02/07